Le Phytophthora ramorum

Phytophthora ramorum

Agent pathogène : Champignon oomycète phytopathogène, Phytophthora ramorum (famille : Peronosporaceae)

Plantes hôtes : Plus de 120 espèces ligneuses forestières et ornementales

Vecteurs : principalement vent, eau

Symptômes : très variables selon l’hôte (chancres corticaux, nécroses foliaires, dépérissements, rougissements, écoulements…)

Impacts : dépérissement, mort des arbres atteints et propagation très rapide aux arbres proches

Le phytophthora ramorum est un champignon oomycète polyphage de la famille des Peronosporaceae s’attaquant à de nombreuses espèces ligneuses ornementales et forestières. Ce champignon provoque rapidement d’importants dégâts sur certaines essences des peuplements forestiers naturels et cultivés ainsi que sur de nombreuses plantes ligneuses ornementales. Il est aujourd’hui considéré comme un organisme nuisible invasif en raison de sa capacité à s’installer et à se propager rapidement dans un nouvel environnement qui lui est favorable.

Observé pour la première fois simultanément en Amérique du Nord et en Europe au milieu des années 1990, il est responsable de nombreux dégâts notamment en milieu forestier aux États-Unis, où il est responsable des symptômes de « mort subite du chêne ».  Ainsi, des dégâts et une mortalité des arbres sans précédent ont été observés dès 1995 sur Chêne à tan en Californie. Cependant, les lignées Européennes et Américaines de P. ramorum semblent suffisamment différenciées génétiquement pour qu’en l’état actuel des connaissances, on puisse dire qu’il n’y a pas de risque identifié sur chêne en Europe à ce jour.

En Europe, il a été détecté sur Rhododendron en Allemagne dès 1997, puis sur Viburnum en 2001. Il à ensuite été identifié sporadiquement dans de nombreux pays européens, principalement sur des plantes ornementales en pépinière. Malgré le fait qu’en Europe, les dégâts observés soient souvent limités à quelques espèces ornementales, la détection dès 2009 de ce champignon sur mélèzes et mélèzes du Japon au Royaume-Uni, puis dès 2015 sur châtaigniers isolés en milieu naturel en Angleterre laissent supposer qu’il pourrait être responsable de futurs dégâts importants sur ces végétaux.

En France, P. ramorum a été détecté pour la première fois en 2002 dans de nombreuses pépinières en Bretagne et Pays de la Loire sur rhododendron et viorne, puis en milieu naturel en sous-étage de peuplements forestiers en 2007 en Bretagne et en Normandie. En mai 2017, il est trouvé sur mélèze du Japon dans un peuplement du Finistère âgé d’une cinquantaine d’années. Aucun cas n’a encore été détecté sur châtaignier en France à ce jour.

Distribution, cycle de vie, vection et plantes hôtes

Distribution

P. ramorum est présent en Amérique du Nord et en Europe. Une carte des pays contaminés élaborée par l’EPPO (Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes) est présentée ci-dessous.

En Europe, P. ramorum est présent en France, Belgique, Croatie, République Tchèque, Danemark, Finlande, Allemagne, Grèce, République d’Irlande, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne,Portugal, Serbie, Slovénie, Espagne (continentale et Baléares), Suède, Suisse et Royaume-Uni (Angleterre, Écosse, îles de la Manche).

En Europe, on retrouve ce champignon essentiellement en pépinières et jardineries (notamment Rhododendron, Camelia, Viburnum, Pieris), bien qu’il soit aujourd’hui présent sur plusieurs essences ornementales dans les parcs et jardins ainsi que dans le milieu naturel forestier (mélèze du japon, châtaigner).

Cliquez sur l’image pour plus d’informations. Source : European and Mediterranean Plant Protection Organization (EPPO)

Cycle de vie et dispersion

Le champignon se disperse par l’intermédiaire de spores, qui vont germer au niveau des racines, tiges, branches et feuilles des végétaux après avoir pénétré par des ouvertures naturelles ou des plaies. Il se développera préférentiellement au niveau des zones humides du végétal, dans les conditions les plus propices à sa multiplication. L’humidité favorise la production de spores, leur dispersion, leur germination et l’infection des végétaux. Sa température optimum de croissance est 20°C, avec une amplitude thermique de 2°C à 30°C.

P. ramorum possède un cycle de vie très rapide, et il peut se reproduire à la fois de façon sexuée et asexuée (en produisant respectivement des chlamydospores ou des zoospores). Il est rapidement propagé, essentiellement par la pluie et le vent (fines gouttelettes d’eau en suspension qui peuvent propager les spores sur de grandes distances), et il résiste à des conditions environnementales difficiles en possédant notamment la capacité d’hiberner et de survivre à des températures très basses. Ainsi, sa dispersion peut être très rapide lorsque les conditions climatiques et de disponibilité d’hôtes sont réunies. Une dispersion de grande ampleur a notamment été observée dans les forêts californiennes (plusieurs dizaine de milliers d’hectares infectés en quelques mois).

En France, les régions Bretagne, Normandie, Pays-de-la-Loire et Nouvelle-Aquitaine ont un climat favorable à ce ravageur et font ainsi l’objet d’une surveillance accrue.

Plantes hôtes

Les lignées européennes et américaines de P. ramorum présentent des gammes de plantes hôtes différentes.

On distingue deux types d’hôtes :

  • • Les hôtes dits foliaires, chez lesquels la maladie se déclenche sans pour autant conduire à la mort du végétal infecté, mais qui constitueront des réservoirs importants d’inoculum. Ces milliers de spores seront par la suite dispersés par la pluie, le vent et par les débris du végétal infecté.
  • • Les hôtes dits terminaux, pour lesquels le champignon se développe suite à une contamination issue d’un hôte foliaire et conduira à la mort de la plante infectée. On observe pour ces plantes une contamination plutôt ciblés cette fois sur le tronc et les branches.

Au vu de l’avancée des connaissances scientifiques sur P. ramorum, on constate aujourd’hui que certains végétaux en Europe présentent les caractéristiques des hôtes à la fois foliaires et terminaux (par exemple: châtaignier, mélèze), ce qui rend ces essences particulièrement vulnérables face à cet agent pathogène.

En Europe, les plantes hôtes connues sont : Mélèzes, rhododendrons, viornes, camelia, chênes, châtaigniers, hêtres, sapins, érables, marronniers, bouleaux, cyprès de Lawson, noisetiers, frênes, houx, épicéas de Sitka, douglas, saule marsault, sorbier des oiseleurs…

Impacts

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Mortalité de mélèzes du Japon atteints par P. ramorum en Angleterre (© Forestry commission)

La capacité de dispersion élevée du P. ramorum et sa grande capacité d’adaptation -due à la large gamme de conditions environnementales et de plantes hôtes dans lesquelles il peut se multiplier- font de cet agent pathogène une menace sérieuse, en particulier pour les peuplements forestiers monospécifiques de plantes hôtes sensibles. Ainsi, l’épidémie observée dès le milieu des années 1990 en Amérique du Nord fût fulgurante et conduisit à la mort à très court terme (quelques années) de plusieurs millions d’arbres (essentiellement Fagacées) en Oregon et en Californie. Plus récemment, des dégâts importants sur Mélèze du Japon (20 000 Ha impactés) et Châtaignier sont observés au Royaume-Uni et en Irlande, et plus récemment dans le Finistère en France sur Mélèze du japon également.

Les symptômes

Les symptômes sont très variables selon les plantes et les types d’hôtes (foliaires et/ou terminaux). Par exemple, le châtaignier ou le mélèze présentent des symptômes à la fois foliaires et au niveau du tronc, tandis que d’autres hôtes essentiellement foliaires (généralement des espèces arbustives) présenteront uniquement des flétrissements foliaires comme le rhododendron par exemple.

Symptômes sur hôtes foliaires : rougissements et flétrissements des feuilles et rameaux ; nécroses des tiges et des feuilles ; mortalité de tiges et de branches ; chute de feuilles.

Symptômes sur hôtes terminaux : jaunissements, rougissements et flétrissements des aiguilles ; nécroses des feuilles ; nécroses et chancres corticaux ; écoulements rougeâtres, noirâtres et/ou résineux au niveau des chancres du tronc et des branches ; descentes de cimes ; mortalités de branches.

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Nécroses foliaires sur Camelia causées par P. ramorum
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Nécroses et déssèchements sur Pieris japonica (© Oregon Dpt. of Agriculture)
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Nécroses et dessèchements sur Viburnum

Moyens de Lutte

Il y a n’a pas encore de moyen de lutte contre P. ramorum et les traitements chimiques disponibles ne sont pas efficaces.

Il existe des fongicides qui permettent de diminuer les symptômes, mais ils ne sont pas suffisants pour l’éradication du pathogène.

La meilleure recommandation est l’éradication des arbres affectés et l’élimination des tissus vivants attaqués, dont dépend le pathogène pour se reproduire. Cela signifie qu’un arbre infecté et qui permet la dispersion des spores, comme le mélèze, devrait être abattu aussi rapidement que possible après la détection de la maladie. Si possible, ceci devrait être fait avant que commence la prochaine période de sporulation.

Compte tenu du caractère épidémique et agressif de la maladie observé au Royaume-Uni, il est déconseillé de procéder à de nouveaux programmes de plantations forestières de mélèze du Japon dans une large zone côtière du sud-ouest au nord-ouest de la France et sur les contreforts ouest du Massif central.

 

La règlementation européenne (N°2002/757/CE révisée par la Décision 2004/426/CE et la Décision 2007/201/CE) et au niveau national les Note de Service DGAL/SDQPV/N2006-8171 et DGFAR/SDFB/N2005-5022 exposent les mesures à appliquer en cas d’infestation par le pathogène. En cas de contamination dans le lieu de production et dans la zone tampon (400 mètres autour du lieu de production) l’arrachage des plants infectés et de toutes les plantes sensibles au pathogène est prévu dans un rayon de 5 mètres.

Que faire si j’observe des symptômes de la maladie ?

Dans tous les cas, en cas d’observation de symptômes de la maladie, il faut marquer les arbres et les signaler rapidement aux services compétents : au Service Régional de l’Alimentation (SRAL) ou aux Fédérations de Lutte contre les Organismes Nuisibles (FREDON et FDGDON). Ces organismes sont chargés de de la surveillance (confirmation de la présence de la maladie) et ils coordonnent la lutte contre cet agent pathogène.

Réglementation

Conformément à l’Arrêté du 15 décembre 2014 relatif à la liste des dangers sanitaires de première et deuxième catégorie pour les espèces végétales, le Phytophthora ramorum constitue un danger sanitaire de première catégorie ; la lutte contre cet organisme nuisible est de ce fait obligatoire en tout temps et lieu sur le territoire.

Au niveau européen, il est réglementé par la Directive 2000/29/CE et par la Décision 2002/757/CE de la Commission du 19 septembre 2002.