Le Capricorne Asiatique

Le Capricorne Asiatique

capricorne_asiatique-3

Nom vernaculaire : Capricorne asiatique ; Capricorne asiatique des agrumes.

Ravageurs : Anoplophora chinensis et Anoplophora glabripennis ; ordre des coléoptères, famille des cerambycidae.

Plantes hôtes : Large gamme d’hôtes sur de nombreuses espèces de feuillus vivants : érable, orme, peuplier, bouleau, saule, pommier, poirier, agrumes, frêne, hêtre…

Impacts : Affaiblissement, dépérissement et mort des arbres atteints.

Généralités et cycle de vie

  • Origine du ravageur
Le capricorne asiatique (Anoplophora glabripennis [Motschulsky]) et le capricorne asiatique des agrumes (Anoplophora chinensis [Forster]) sont originaires d’Asie orientale.

En ce qui concerne le capricorne asiatique, il est apparu en 1996 aux États-Unis, puis en Europe où il a été détecté à partir de 2001 en Autriche. Depuis lors, des contaminations et foyers d’infestations isolés sont régulièrement signalés en Allemagne, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Suisse ou en Angleterre (entre autres). Le capricorne asiatique des agrumes est quant à lui beaucoup moins répandu dans le monde que le capricorne asiatique. Sa première colonisation en Europe fut découverte à Milan (Italie) en l’an 2000. En 2003, une nouvelle contamination, considérée aujourd’hui comme éradiquée, a suivi en France. Ce ravageur à ponctuellement été détecté aux États-Unis, dans d’autres régions d’Italie et en Suisse.

  • Morphologie
capricorne_asiatique (1)

Différents stades de développement du capricorne asiatique

Les deux coléoptères sont très grands, entre 20 et 37 mm de long. Les mâles sont toujours un peu plus petits que les femelles, mais leurs antennes noires striées de gris bleu clair sont particulièrement longues. Leurs élytres se distinguent par leur brillance et leur couleur noire ponctuée irrégulièrement de taches blanches à jaunâtres. Les deux espèces présentent de 10 à 20 taches, mais le capricorne asiatique peut en compter jusqu’à 60 et leur couleur peut varier considérablement. Les larves apodes des deux espèces mesurent 5 cm de long et présentent une à deux bandes en forme de créneau sur le pronotum.

  • Cycle de vie

Les deux capricornes ont des cycles de développement très semblables. Avant la ponte, la femelle du capricorne asiatique fore des encoches de forme conique ou en fente dans l’écorce du tronc ou des branches de l’arbre-hôte et glisse dans chacune d’elles un œuf entre le liber et l’aubier. Elle choisit de préférence les parties ensoleillées du tronc et des branches. L’œuf, allongé et de couleur crème, est plat et mesure 5 à 7 mm. Elle pond entre 30 et 60 œufs, voire jusqu’à 200 exceptionnellement. La larve éclot après une à deux semaines et commence à s’alimenter dans le liber. La jeune larve a besoin d’écorce d’arbres vivants. Après le troisième stade larvaire, la larve pénètre dans le bois où elle creuse une galerie ovale, de 10 à 30 cm de long, qui évolue vers le haut du tronc. En pratiquant ce forage, elle rejette de la sciure, fine au début puis grossière ensuite, qui s’accumule sur le tronc, au pied de l’arbre ou à l’aisselle des branches. Lorsque les larves ont pénétré dans le bois, elles peuvent aussi achever leur développement dans des arbres morts récemment ou abattus, voire même dans du bois scié. La larve se nymphose à l’extrémité de la galerie sur un bouchon de sciure grossière proche de la surface de l’écorce. Au terme du stade nymphal de 2 à 3 semaines, l’insecte adulte reste encore dans le berceau de nymphose pendant 1 ou 2 semaines après la mue, puis il fore un orifice de sortie circulaire de 1 cm de diamètre dans la branche ou le tronc, souvent au-dessus du lieu de ponte. A la différence de la biologie du capricorne asiatique, la femelle du capricorne asiatique des agrumes crée pour sa ponte des fentes en forme de T ou de petits entonnoirs, le plus souvent au pied du tronc (dans le demi-mètre inférieur) ou sur des racines traçantes. Pendant le développement larvaire, les rejets de sciure sont souvent un élément marquant qui s’observe justement aux racines où 90% de la population se développe. Les orifices de sortie du capricorne asiatique des agrumes ont un diamètre de 10 à 15 mm en moyenne et ils se trouvent à la base du tronc et dans les racines.

  • Dispersion

La période d’envol des capricornes asiatiques s’étend sur toute la période de végétation, d’avril à octobre, et culmine de juin à août. Mais ils ne vivent que 1 à 2 mois. En Europe centrale, il faut 2 à 3 ans pour une génération. Après des années au climat chaud, il arrive toutefois qu’une ponte précoce permette l’apparition de coléoptères en automne de l’année suivante déjà, ce qui abrège le cycle bisannuel habituel. Après l’éclosion, les jeunes adultes accomplissent un forage de maturation dans l’écorce encore non lignifiée de jeunes rameaux ou perforent occasionnellement aussi les feuilles et les pétioles. Si la vitalité de l’arbre est suffisante, ils restent sur leur arbre de ponte pour engendrer la génération suivante. Ces insectes sont assez lents et ne volent que sous les températures élevées de journées ensoleillées. Ils se confinent généralement dans les environs immédiats s’ils y trouvent des arbres de ponte adéquats, mais peuvent ponctuellement se disperser à des distances de plus de 3 km. L’envol des capricornes asiatiques des agrumes a lieu principalement de mai à juillet, un peu plus tôt que chez le capricorne asiatique.

Impacts

Le capricorne asiatique est maintenant l’un des ravageurs des feuillus les plus dangereux au monde. Les conditions climatiques sont favorables, voire très favorables, à son établissement dans toute l’Europe et le risque qu’il s’y introduise est considérable en raison du commerce de marchandises florissant avec la Chine.

En causant le dépérissement de nombreuses essences de feuillus sauvages et cultivés, ce ravageur est la cause des dégâts important. Sa large gamme d’hôte et l’absence de prédateur ou parasite naturel en font un ravageur préoccupant. Les deux espèces de coléoptères colonisent uniquement les feuillus vivants. Elles peuvent infester presque toutes les espèces d’arbres et arbustes feuillus, de toutes classes d’âge et de dimension supérieure à 3 cm de diamètre.

  • Plantes Hôtes du Capricorne asiatique

Dans sa région d’origine, le capricorne asiatique colonise plus de 100 espèces ligneuses. Ce sont surtout l’érable (Acer), le bouleau (Betula), le saule (Salix), le marronnier (Aesculus), le charme (Carpinus), le peuplier (Populus) et l’orme (Ulmus). En Europe, les essences les plus souvent atteintes sont l’érable, le bouleau, le saule, le marronnier et le peuplier, le hêtre (Fagus), le tilleul (Tilia) et le charme. L’infestation d’un arbre par le capricorne ne signifie cependant pas forcément que l’insecte réussira à y achever son développement.

  • Plantes Hôtes du Capricorne asiatique des agrumes

L’éventail d’arbres-hôtes du capricorne asiatique des agrumes est encore un peu plus large. En Chine, il endommage surtout les arbres à agrumes; en Europe, il a contaminé jusqu’à présent plus de 70 espèces d’arbres et d’arbustes, dont notamment l’érable, le marronnier, l’aulne (Alnus), le bouleau, le charme, le noisetier (Corylus), le citronnier, le pommier (Malus), le peuplier, le platane, le saule et même des rosiers (Rosa).

  • Dégâts observés

Les larves dévorent les tissus et endommagent les vaisseaux conducteurs du liber cortical et de l’aubier, interrompant ainsi la circulation de la sève. Si celle-ci ne passe plus du tout, l’arbre meurt. Les forages dans l’écorce entraînent des écoulements de sève et servent de porte d’entrée aux champignons pathogènes. Chez les jeunes arbres de petit diamètre, une faible atteinte signifie déjà la mort de la plante-hôte. Les arbres plus âgés résistent bien à un forage limité de quelques larves. Mais les fortes infestations, ou celles qui durent plus longtemps et se répètent au cours de plusieurs générations d’insectes, affaiblissent aussi ces arbres entièrement développés à un tel point qu’elles peuvent être fatales. Une forte attaque du capricorne asiatique des agrumes peut provoquer des pourritures du tronc et des racines.

Symptômes

L’infestation commence généralement par les plus grosses branches. Les galeries creusées dans les tissus sous corticaux des branches entraînent un flétrissement des feuilles et celles creusées dans le bois de cœur des branches et du tronc affaiblissent l’arbre le rendant sensible à certaines maladies et aux dégâts dus au vent, et peuvent même entraîner la mort totale de l’arbre.

Les symptômes observables sont les suivants :

  • Présence de sciure à la base du tronc ou dans les fourches des arbres ;
  • Incisions et encoches de ponte ;
  • Trous d’émergence parfaitement circulaires (diamètre 10-15 mm) généralement à la base du tronc, dans l’écorce et/ou les renforts racinaires ;
  • suintements de sève au niveau des perforations ;
  • écorce décapée sur les jeunes rameaux ;
  • dépérissement et dessèchement de certaines branches voire de l’arbre entier.

Attention ! Il importe de ne pas éliminer, par excès de prudence, chaque arbre présentant des traces de forage ou des trous. De nombreuses espèces de coléoptères et d’autres insectes arboricoles indigènes, parfois rares et menacés, sont tributaires de vieux arbres affaiblis ou dépérissants.

capricorne_asiatique-2
Galerie creusée dans le bois par A. chinensis
capricorne_asiatique-5
Orifice circulaire d'émergence des adultes de capricorne asiatique
capricorne_asiatique-8
Encoches de pontes et orifices de sortie
Que faire si j’observe des symptômes de la présence de ce ravageur ?

En cas d’observation de symptômes de la présence du ravageur, il faut marquer les arbres et les signaler rapidement aux services compétents : au Service Régional de l’Alimentation (SRAL) ou aux Fédérations de Lutte contre les Organismes Nuisibles (FREDON et FDGDON). Ces organismes sont chargés de de la surveillance (confirmation de la présence de la maladie) et ils coordonnent la lutte contre ce ravageur.

Moyens de Lutte

Pour les deux espèces d’Anoplophora, il est obligatoire de signaler et combattre une contamination. Toute infestation ou soupçon de sa présence doit être signalé aux services phytosanitaires compétents (DRAAF ou FREDON-OC).

Il est essentiel de déceler à temps tout foyer d’infestation. Comme le capricorne asiatique ne vole pas très loin et qu’il lui faut généralement deux ans pour se développer dans le bois, il est réaliste d’espérer que de petits foyers pourront être assainis. Toute plante ligneuse et tout produit en bois infestés, comme les cageots, palettes ou bois de feu, doivent être immédiatement détruits. Les branches d’un diamètre dépassant 3 cm peuvent être colonisées. Tout ce matériel doit être broyé et/ou éliminé par incinération. S’il s’agit d’une infestation du capricorne asiatique des agrumes, il faut aussi éliminer les souches.

Mesures préventives

La principale mesure préventive consiste à empêcher l’introduction d’organismes de quarantaine en respectant les dispositions en matière d’importation et de contrôles.

  • Dispositions d’importation pour les emballages en bois : norme NIMP-15 (norme internationale pour les mesures phytosanitaires no 15). Le bois d’emballage doit être soumis à un traitement thermique ou chimique à l’aide des substances actives homologuées afin d’éliminer tous les organismes nuisibles.
  • Dispositions d’importation pour les plantes vivantes : l’importation de jeunes arbres et de matériel de reproduction, comme les boutures et greffons d’essences feuillues, doit être accompagnée d’un Passeport Phytosanitaire Européen.
Lutte mécanique
  • Un arbre portant les symptômes d’attaques de l’un de ces capricornes doit être abattu dans les plus brefs délais et brûlé sur place dans le périmètre de suivi défini où des prospections systématiques des arbres sont effectuées.
  • Les adultes découverts doivent être asphyxiés, les larves doivent être plongées dans l’eau bouillante.
Lutte chimique
  • Des traitements chimiques sont possibles ; mais comme il n’existe pas de produits homologués pour la lutte contre cet insecte, une demande spécifique dans le cadre d’un protocole de lutte précis doit être faite aux services de la DRAAF/SRAL.

Réglementation

En France, la lutte contre le capricorne asiatique est obligatoire. Cet organisme nuisible est classé, d’après l’Arrêté du 15 décembre 2014, comme un danger sanitaire de première catégorie, et sa détection doit faire l’objet d’une déclaration auprès des services de la protection des végétaux compétents et du préfet de région.

En Europe, cet organisme est réglementé (Décision d’exécution (UE) 2015/893 de la Commission du 9 juin 2015). L’Arrêté du 22 juin 2016 précise les modalités de gestion de A. glabripennis en cas de détection sur le territoire français. De même, un second Arrêté du 22 juin 2016 précise les modalités de gestion de A. chinensis.