Le Fusarium du Pin

Le Fusarium du Pin

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Chancre et coulures causées par le Fusarium du Pin

Nom vernaculaire : Fusarium du Pin ; Chancre suintant du Pin ; Pitch canker.

Agent pathogène : Champignon ascomycète ; forme sexuée Gibberella circinata (Nirenberg & O’Donnell) ; forme asexuée anamorphe Fusarium circinatum (Niremberg & O’Donnell) ou anciennement Fusarium suglutinans f. sp. pini.

Plantes hôtes : Plus de 30 espèces de Pins (Pinus spp.) et Douglas (Pseudotsuga menziesii).

Origine : Originaire des États-Unis d’Amérique et du Mexique, puis observé au Chili, Afrique du Sud, Japon et Espagne

Impacts : Fonte des semis, nécroses racinaires, chlorose et dépérissement du feuillage, chancres résineux sous l’écorce

Le chancre du pin est provoqué par le champignon ascomycète Gibberella circinata. Dans la nature, on le rencontre sous sa forme asexuée Fusarium circinatum, également connue sous son ancienne appellation, Fusarium suglutinans f. sp. pini

Ce champignon a été décrit pour la première fois aux USA en 1946 (Pitch canker), puis au Mexique. Dans les années 1980, il a provoqué une épidémie sur Pinus radiata en Californie puis s’est largement répandu au Chili, en Afrique du Sud et au Japon où il a causé d’importants dégâts en pépinières. En Europe, il a été détecté récemment en Espagne sur P. pinaster et P. radiata et des doutes ont été émis en Italie et au Portugal. Il a également été détecté en France dès 2009. L’Union européenne a mis en place en 2007 des mesures phytosanitaires d’urgence afin d’éviter la propagation de Gibberella circinata (décision 2007/433/CE du 18 Juin 2007). Depuis, les plantes susceptibles d’héberger cet agent pathogène sont soumises au dispositif des passeports phytosanitaires européens.

Ce champignon provoque d‘importants dégâts sous la forme de chloroses et de chancres résineux sur arbres adultes, et de pourritures racinaires ou mortalité chez les jeunes semis.

Ce champignon possède une large gamme d’hôtes potentiels parmi les espèces de pins, et peut rapidement se propager au sein des pépinières et causer d’importants dégâts et un dépérissement rapide des arbres infectés.

Biologie de l’agent pathogène

Plantes hôtes

Gibberella circinata possède une large gamme de plantes hôtes. Ce pathogène est observé sur plus de 30 espèces du genre Pinus nord-américaines, asiatiques et européennes. En Amérique du Nord, ses hôtes naturels sont principalement Pinus elliottii et Pinus taeda mais aussi Pinus radiata, Pinus palustris, Pinus patula et Pinus virginiana.

En Europe et plus particulièrement dans la zone méditerranéenne, les espèces concernées sont Pinus halepensis, Pinus pinaster et Pinus sylvestris. Sont également sensibles une série d’espèces nord-américaines qui ont été plantées en Europe, comme Pinus contorta et Pinus strobus, et une série d’espèces d’origine asiatique comme Pinus densiflora et Pinus thunbergii. En outre, on a signalé la contamination du Douglas (Pseudotsuga menziesii), mais les dégâts sur cette espèce seraient limités.

Modes de contamination

Les spores produites par Fusarium circinatum sont véhiculées de plante à plante par le vent, l’eau, les insectes et peuvent circuler par le sol. De même, les graines peuvent être contaminées par le champignon. Ainsi, les graines et les jeunes plants infectés de Pinus spp. et de Pseudotsuga menziesii peuvent véhiculer le parasite de régions infectées vers des régions saines.

La contamination peut avoir lieu de deux manières différentes :

• La plante est infectée par des spores qui ont préalablement contaminé la graine.

• La plante est contaminée par des spores qui sont entrées par les plaies présentes sur les branches ou les racines et qui ont été occasionnées par les insectes, les intempéries ou les opérations culturales.

L’incidence de la maladie est également augmentée lors de stress environnementaux (gel, chaleur, irrigation trop importante ou trop faible) ou suite à un excès de fertilisation en azote. Le développement du champignon est favorisé par une humidité ambiante élevée et une température supérieure à 14 °C. Selon l’ICFR (Institut de recherche en foresterie d’Afrique du Sud), il a été vérifié que le pathogène pouvait rester viable sur une période de 18 mois dans les conditions idéales. Il est même capable de survivre quelques mois à une température de 35 °C et à une hygrométrie de 0 %. Seules des températures supérieures à 50 °C sont fatales pour G. circinata. Cette grande résistance aux conditions extérieures rend l’élimination de ce champignon difficile, et les conditions optimales de développement de ce pathogène rendent les zones côtières du sud de la France particulièrement vulnérables.

Les Symptômes

Selon l’âge, l’espèce végétale et la localisation du point d’infection (par le sol ou par le système aérien), les symptômes peuvent être variables et plus ou moins facilement observables. Il arrive également que l’infection soit latente (pas de symptômes visibles) pendant des années et qu’elle ne se déclenche que lors d’un stress important.

Infection par le sol

En cas d’infection de jeune plants due par exemple à des graines contaminées, on peut observer que l’hypocotyle des plantules pourrit au niveau du sol et que les plantules s’écroulent, en présentant des symptômes de fonte des semis, peu caractéristiques du Fusarium du pin mais pouvant entrainer une suspicion de la maladie en pépinière.

Sur arbres jeunes ou adultes, une infection par se sol se traduit par des symptômes de nécroses racinaires et un étranglement du tronc au dessus du niveau du sol, accompagnés de la fragilisation du cortex qui aura alors tendance à se désagréger. Sous l’écorce, le bois peut prendre une teinte marron et présenter des chancres humides accompagnés de coulures de résine. On observera dans les stades avancés de la maladie une décoloration et un dépérissement foliaire, avec des rameaux bleuissant puis jaunissant perdant leurs aiguilles, pouvant aller jusqu’à entrainer la mort des individus contaminés.

Infection par la partie aérienne

Les symptômes observés sont un étranglement des branches au niveau du point d’infection, accompagné d’un dépérissement foliaire (bleuissement, jaunissement, brunissement puis perte des aiguilles). On observera là encore des chancres humides imbibés de résine qui s’accumule dans le bois sous l’écorce, et qui peuvent provoquer des coulures le long des branches et des troncs des arbres infectés. Aux stades les plus avancés de la maladie, l’ensemble du houppier peut être atteint et la maladie peut provoquer la mort des individus infectés.

Que faire si j’observe des symptômes de la maladie ?

Dans tous les cas, en cas d’observation de symptômes de la maladie, il faut marquer les arbres et les signaler rapidement aux services compétents : au Service Régional de l’Alimentation (SRAL) ou aux Fédérations de Lutte contre les Organismes Nuisibles (FREDON et FDGDON). Ces organismes sont chargés de de la surveillance (confirmation de la présence de la maladie) et ils coordonnent la lutte contre cet agent pathogène.

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Chancres et coulures dues au Fusarium sur Pin
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Accumulation de résine dans le bois

Les moyens de lutte

La lutte curative est aujourd’hui une solution peu efficace pour limiter le développement et la dispersion de G. circinatum. Selon l’OEPP (Organisation Européenne de la Protection des Plantes), il n’existe pas à ce jour de traitement phytopharmaceutique efficace pour lutter contre cet agent pathogène. Face au manque de solutions curatives, il apparaît que la prophylaxie et la destruction des lots contaminés sont l’issue la plus pertinente. Si un lot a été déclaré contaminé : ne pas utiliser les mêmes outils sur des plants symptomatiques et sur des plants apparemment sains sans les avoir désinfectés au préalable. Désinfecter l’eau d’irrigation à l’aide de chlore si le système d’irrigation est fermé.

Le point critique afin d’éviter la dispersion du pathogène sur de longues distances consiste essentiellement à éviter le transport de matériel (graines ou plants) contaminés par le champignon. Ainsi, il convient de vérifier avant toute importation que les plants ou les graines sont bien munis d’un passeport phytosanitaire européen valide permettant de s’assurer du bon statut sanitaire du matériel végétal importé. Si les graines proviennent d’un pays hors de l’Union européenne, les lots doivent avoir été certifiés par les services phytosanitaires du pays de provenance.

En cas d’infestation en forêt ou en pépinière, il convient de procéder au repérage puis à l’assainissement du matériel végétal contaminé par arrachage et en brûlant sur place le ou les arbres contaminé(s), en évitant le transport des bois contaminés afin d’éviter toute dispersion de l’agent pathogène dans l’environnement proche. Il convient de limiter la propagation aux arbres environnants au foyer par le biais du vent, de la pluie, des insectes ou des eaux de ruissellement.

Des études sont également en cours en Amérique du Nord (Californie) et en Afrique du Sud pour identifier des cultivars tolérants ou résistant à cet agent pathogène.

Réglementation

Ce champignon est inscrit en annexe A de l’Arrêté du 31 juillet 2000, modifié par l’Arrêté du 25 août 2011. Ainsi, il s’agit d’un organisme contre lequel la lutte est obligatoire, de façon permanente, sur tout le territoire. Au titre de l’Arrêté du 15 décembre 2014, il s’agit d’un danger sanitaire de première catégorie.

Ce champignon n’est pas inscrit dans la directive européenne 2000/29/CE. Mais, la mise en œuvre du dispositif des PPE (Passeports Phytosanitaires Européens) pour ce champignon a été actée par la Décision 2007/433/CE de la Commission Européenne. Cette décision indique que les végétaux du genre Pinus et de l’espèce Pseudotsuga menziesii destinés à la plantation, ainsi que les semences et les cônes récoltés pour l’extraction de semences, doivent être dotés d’un passeport phytosanitaire européen pour toute circulation au sein de l’Europe. Voir aussi : la page dédiée au PPE sur le site web de la DRAAF Occitanie.

Cette décision précise que les végétaux ne peuvent circuler sur le territoire communautaire que s’ils sont accompagnés d’un passeport phytosanitaire et :

  • S’ils ont été cultivés en permanence ou depuis leur introduction dans la Communauté dans un lieu de production situé dans un État membre sur le territoire où la présence de l’organisme n’est pas connue.

ou

  • S’ils ont été cultivés en permanence ou depuis leur introduction dans la Communauté dans un lieu de production situé dans une zone exempte de l’organisme spécifié, établie par l’organisme officiel responsable d’un État membre conformément aux normes internationales pour les mesures phytosanitaires concernées.

ou

  • S’ils proviennent d’un lieu de production où aucun signe de l’organisme spécifié n’a été observé lors des inspections officielles réalisées dans les deux ans précédant le mouvement et ont été testés immédiatement avant le mouvement.